L'esprit d'un non-juif. Réflexion identitaire
D'un point de vue singulier
NB Cet article est repris dans le numéro du 12 janvier 2010 du Jerusalem Post (cliquer ici).
©François Celier. Ecrivain.
N'en déplaise aux anti-juifs, autrement dit anti-sionistes et anti-israéliens contemporains, il serait judicieux qu'ils prêtent attention à l'état d'esprit d'un personnage archétype, non-juif, et néanmoins susceptible d'être des leurs.
Il s'agit de Jéthro, beau-père de Moïse, le plus grand législateur de l'Histoire.
Prêtre pré-islamique du peuple de Madian (1), Jéthro examina les mouvements politico-religieux de son temps (nul n'y échappe) et leurs tâtonnements métaphysiques. Tout en exerçant une fonction religieuse polythéiste, son évolution philosophique personnelle nous révèle une réelle pertinence de jugement.
En dépit de son engagement religieux polythéiste, vraisemblablement Ismaélite, son attitude montre une réelle autonomie de pensée en regard de sa prêtrise.
Son observation du monde et des mœurs lui apprirent que les hommes avaient la tête dans les étoiles ; des corps animés de passions charnelles ; un intellect curieux d'explorer son monde avec les limites de ses compétences et enfin, des pieds d’argile foulant un infra monde parcouru d’instinct de mort et de ténèbres.
Cette
faculté de penser par lui-même et sa lucidité l'amenèrent à accueillir
fraternellement un célèbre fugitif de l'Egypte pharaonique, le très recherché
Moïse ; de l’héberger durant plus de quarante ans et en prime d'estime, de lui
donner Tsiporah, l'une de ses filles en mariage.
Or, sans judaïser pour autant malgré une longue cohabitation avec l'illustre Moïse, l’entendement du polythéiste Jéthro parvint à s’accorder parfaitement avec la prodigieuse spiritualité de son gendre hébreu, ex tout puissant Grand Vizir politique et économique de l'Empire égyptien.
Archétype métaphysique du caractère humain, l'exemple de Jéthro nous apprend qu'un fonctionnaire religieux tel que lui, pouvait être loyal en amitié jusqu'à devenir, bien qu'étranger à sa culture et ses origines, le plus proche allié d'Israël, du judaïsme et du peuple juif.
A contrario, son attitude fraternelle fait apparaître combien les croyants en d’autres systèmes religieux et partis politiques se contentaient d’interpréter leurs cultes traditionnels répétitifs (empreints d'esprit fétichiste, voire d’extrêmes barbaries sacrificielles) et idéologiques, tout en se prévalant de dieux improbables et de propre justice.
Ainsi, sans avoir à se soucier de pratiquer une foi israélite (en tant que non-juif), un athée, un agnostique ou un polythéiste de type Jéthrosien ne peut qu'être bénéfique pour le peuple juif, d’autant qu’un impétrant de cet acabit peut s’avérer d’une fidélité sans faille (40 ans pour Jéthro !).
Selon la Torah et les Évangiles, il y aurait trois types d’inclinations religieuses (ou idéologiques) chez l'homme :
I. celle du faux-prophète Balaam (religieux cupide, servile et plein de malédictions) ;
II. celle du patriarche Job vertueux à l’extrême (pour lui même, mais indifférent aux autres)
III. celle de Jéthro, ami fidèle de Moise, n'ignorant pas que les hébreux et leur postérité juive seraient traqués ou honnis d'à peu près tous les peuples de la terre par le fait qu'ils soient et demeurent à jamais les grands témoins (gênants) de l'existence de l'Éternel Dieu..
Par son attitude fraternelle et sa confiance en Moïse (de même qu’un judéo-chrétien doit l'être envers Jésus de Nazareth, juif messianique, homme d'éthique, d'équité mais encore homme politique d'un royaume hors de ce monde ), l'amitié de Jéthro atteste l’authenticité de l’élection divine d’Israël, de la destinée ontologique du peuple juif et du salut de quiconque s'y associerait.
En phase avec Moïse, son gendre et génial ami hébreux, Jéthro lui suggéra une meilleure façon d’organiser un système juridique plus adéquat pour alléger sa lourde charge de législateur d'un peuple hébreux indocile, rebelle (au cou roide). Ce que moïse agréa avec reconnaissance.
De même, dans le grand trouble politique et métaphysique que traverse l'Israël pré-messianique contemporain, l’amitié de nombreux croyants animés de l’esprit de Jéthro, pourrait être précieuse pour Eretz Israël et Jérusalem, enjeux cruciaux quant à l'avenir du monde.
Cette fidélité à l’esprit de Jéthro de la part d'innombrables disciples de Jésus le juif et de judéo-chrétiens de diverses obédiences, constituerait un acquis indéniable pour l' État d’Israël. Ils représenteraient une force éthique et politique non négligeable pour le peuple juif, in et off sa terre de prodiges, de lait, de miel, d'avancées technologiques innovantes parées de prix Nobel légitimes et enfin, d’espoir messianique pour des millions de non-juifs de part le monde (dont je suis ainsi que nombre de mes relations).
Chers amis juifs, constamment sous le regard de Dieu, de politiciens madrés et de médias perfides, votre immense et minuscule pays providentiel, le plus disputé, convoité et jalousé de la Terre, se doit d'être ferme et exemplaire, car il demeure rien moins que le salut des nations et des hommes.
F. C.
(1)Madian est un des fils d'Abraham et de sa concubine Ketourah. Ses descendants, les madianites, s'installèrent entre la mer Morte et la péninsule du Sinai, période durant laquelle Dieu se révéla à Moise dans l'épisode du buisson ardent.
Par la suite, les femmes madianites séduisirent les enfants d' Israïl et leurs firent adopter le culte des idoles. Moïse dut intervenir militairement contre les madianites.
Ps. Etre considéré comme un « mensch » (homme droit, sur lequel on peut compter) par des juifs sionistes ne peut être qu’un honneur pour un judéo-chrétien ou un agnostique d’esprit Jéthrosien.